Le CARDI : Un passé conjugué au présent... pour l'avenir des Îles

dimanche 2 août 2015

Juste avant le Grand Dérangement en 1755... et à l'arrivée des premiers colons

Embarquement des acadiens en 1755, Library and Archives Canada no 1972-26-587
En 1713, le traité d'Utrech met fin à la guerre entre la France et l'Angleterre. Les Îles demeurent possession de la France. En 1720, l'administration des Îles relève du gouverneur de Louisbourg. On peut se douter que durant cette période, les expéditions jusqu'aux Îles continuent de n'être consacrées qu'à la chasse aux morses et aux phoques comme du temps de la Compagnie des cent associés. 

Les frères Antoine et Joseph Pascaud, de La Rochelle, obtiennent en 1742 le privilège exclusif de cette chasse aux Îles, sous la supervision du gouverneur, après que le sieur Harenedé, de Louisbourg en eut le privilège exclusif de 1731 à 1734 et non exclusif jusqu'à sa mort en 1742.  Lors de la première visite des Pascaud, des Acadiens et Canadiens de Montmagny et Kamouraska étaient déjà là du temps du régime Harenedé, eux qui avaient pris l'habitude d'y venir chaque été pour le prélèvement d'huile et certains semblaient s'y être fixé vu l'absence de surveillance sous ce régime. Les Pascaud engagèrent ces émigrés mais lorsqu'ils sont repartis à La Rochelle, ces engagés durent abandonner les Îles durant le recrutement de l'armée de la guerre de Sept ans, après avoir vainement tenté d'en obtenir la concession. (Falaise 1950, p. 27). Durant cette domination française, il ne semble pas y avoir de missionnaires qui aient passé un hiver aux Îles, bien que le père sulpicien Charles-René de Bresley aidé du père Anselme Métivier les aient visité occasionnellement et avant eux, les Pères Capucins et Récollets Isidore Félix et Félix Pain.  Ce travail de missionnaire n'était pas facile puisque le reste de l'Acadie était de possession anglaise depuis 1713. (Gaudet 1979, p.100)

Cette période de relative accalmie ne sera pas maintenue. Les acadiens qui pensaient avoir trouvé la paix en signant des serments de neutralité seront l'objet d'une déportation massive en 1755.



Au milieu du XVIIIe siècle, le gouverneur William Shirley du Massachusetts exerçait une puissante influence sur toutes décisions d’importance prises par les autorités de la Nouvelle-Écosse. L'arrivée du nouveau gouverneur Charles Lawrence, reconnu pour son «caractère haineux et violent » et revenant à la charge contre les acadiens avec le serment d’allégeance envenime les relations avec les colonies pacifiques. Pour lui et ses conseillers, William Shirley et le juge Jonathan Belcher de Boston, le refus des Acadiens de la Nouvelle-Écosse de prêter le serment de fidélité au roi signifiait qu’ils avaient l’intention de prendre les armes aux côtés des Français et des Canadiens contre les troupes anglaises dans l’éventualité d’un nouveau conflit.

Il faut rappeler que les Acadiens occupaient les plus belles terres (propice à l’agriculture) de la Nouvelle-Écosse et que leur présence constituait un obstacle à l’établissement de colons anglais. De leur côté, les anglo-américains, en profitent pour se venger sur les Acadiens des attaques incessantes et des raids sanglants dont ils avaient souvent été victimes de la part des Français et leurs alliés autochtones.

Charles Lawrence donnent l'ordre de dispertion des Acadiens de la Nouvelle-Écosse dans diverses colonies anglaises d’Amérique, du Massachusetts à la Géorgie, afin d’empêcher leur retour ou leur ralliement aux forces françaises de Louisbourg. La déportation est dorénavant inévitable. Les premiers embarquements ont lieu vers le 10 août 1755 dans la région de Beaubassin. Lawrence ordonne qu’on brûle toutes les maisons, les églises et les récoltes. 

C’est ainsi qu’environ 2000 Acadiens sont déportés au Massachusetts, 700 au Connecticut, 300 à New York, 500 en Pennsylvanie, 1000 au Maryland, 1200 en Virginie, 1000 dans les Carolines et 400 en Géorgie . En plus, les colonies anglo-américaines n’ont pas été prévenues de l’arrivée massive d’exilés acadiens, sauf en Nouvelle-Angleterre. Les Acadiens souffrent alors des préjugés et de la haine qu’entretenaient à l’époque les puritains protestants envers les français catholiques. Au Massachusetts, certains enfants furent même arrachés de leur famille pour être distribués chez les colons anglais. La déportation se poursuit après la chute de Louisbourg en 1758. Les Acadiens de l’Île Royale (Cap-Breton) et de l’Île-Saint-Jean (l’Île-du-Prince-Édouard) sont capturés et envoyés en Angleterre et en France. En route vers l’Europe, deux navires, le Violet et le Duke William sombrent dans l’océan entraînant quelques 700 passagers , pour la plupart des Acadiens. À la veille du Traité de Paris en 1763, les Acadiens sont dispersés en Europe, dans les colonies américaines et au Canada, vivant dans des conditions misérables. Pendant que les Acadiens sont expulsés de l’Acadie, la guerre de Sept Ans fait rage sur plusieurs fronts en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. 

En 1761, Richard Gridley un ancien compagnon de Wolfe aux Plaines d'Abraham en 1759, amène avec lui aux Îles-de-la-Madeleine, des "acadiens réfugiés" qui avaient échappé à ces déportations. Il s'en sert pour exploiter les ressources qui s'offrent à lui en pleine guerre. C'est à Havre-Aubert que s'installeront ces premiers colons.  La suite dans l'article à venir demain, jour de commémoration du serment.

Références: 

Textes du Centre d'archives régional des Îles et de Simon Boudreau, historien et archiviste au Musée de la Mer
 

Arsenault, Bona. Histoire des Acadiens, 1966, p. 104


Eccles, J. W. «Guerre de Sept Ans». In L’encyclopédie canadienne. Toronto : Historica-Dominion.
Poirier, Michel. Les Acadiens aux îles Saint-Pierre et Miquelon. Moncton : les Éditions d’Acadie, 1984, p.7, 46 et cartes p. 23-25
 
Carbonneau Pauline. Découverte et peuplement des Îles de la Madeleine, Humanitas, 2009, p.65-72.

Falaise, Noël. Les Îles-de-la-Madeleine sous le régime français, Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 4 no 1, 1950, pp.17-18