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samedi 20 juillet 2019

Chronique à saveur toponymique - Old Harry


Mes Îles,
ses buttes, ses chemins, son histoire...
Chronique à saveur toponymique présentée par le Centre d'archives régional des Îles

Old Harry

Vue du port de Old Harry en 2010
Le vieil Harry a-t-il vraiment existé? Certains pensaient que oui, mais revenons tout d’abord sur l’ouvrage cité dans la chronique précédente, intitulée : Place-names on Magdalen Islands, Que., et republié en français en 1925 sous le nom Monographie des Îles de la Madeleine dans le Bulletin de la Société de Géographie de Québec, Vol. 19 - No. 4, octobre-novembre 1925.  L’auteur R. Douglas était le secrétaire de la Commission géographique du Canada, comité créé en 1897, chargé d’établir une liste toponymique des Îles-de-la-Madeleine. Selon la Commission de toponymie du Canada actuelle, il devenait urgent d’identifier les localités, même peu habitées, suite aux vagues d’immigrations successives au Canada. 

Dans un ouvrage publié en 1994, la Commission de toponymie du Québec parle du hameau d’Old-Harry, un petit poste madelinien situé sur la pointe de même nom, dans la municipalité de Grosse-Île, à la jonction de l’île de la Grande Entrée et de l’île de l’Est. Tandis que la Commission parle d’une première appellation sur les cartes de Joseph Frederick Wallet Des Barres, en 1769 et 1776, l’ouvrage de Douglas souligne que le nom parait dès 1765 sur une carte géographique et en 1778 sur une carte de Des Barres. Le 30 juin 1787, alors que le capitaine de la marine royale, sieur Isaac Coffin obtient la concession des Îles, il se doit en échange de réserver « la Pointe-Nord-Est et Old Harry pour le soutien et l’entretien d’un clergé protestant dans la province de Québec ».[i]
La carte de l’amiral Henry Wolsey Bayfield de 1837, mentionne Old Harry Head. Le nom demeure sur une autre carte de Ralph en 1852.  Toujours selon Douglas, le toponyme provient du prénom de Harry Clarke — qualifié par l’adjectif Old — un Écossais qui fut pendant longtemps le seul à occuper cette pointe. Head correspondait à un accident du relief, car ce mot a, en anglais, le sens de headland, cape. Dans les années du rapport, la majorité des habitants de cette petite agglomération portaient et portent toujours le nom de Clarke.  Lola Caron reprend cette idée en 2003, suite aux informations obtenues lors de ses recherches sur les bureaux de poste des Îles.

Ce nom est également utilisé dans plusieurs désignations situées dans la partie nord Est de l’Île Coffin : Baie Clarke (lagune située au nord de l’ile de l’Est apparaissant au plan cadastral de 1890); haut-fond Clarke (situé à 9 milles au sud-est de la pointe de Old Harry); baie de Old Harry (baie située dans la lagune du côté nord de l’île Coffin à côté de la pointe de Old Harry. Du côté sud de cette pointe, une carte de Holland en 1765 mentionne la baie Seacow [Grande Échouerie] tandis que la baie des Chenaux est indiquée sur le plan cadastral de 1890. Le nom de la Baie de Old Harry est officialisé depuis 1968 tandis que la plage de la Grande-Échouerie devient le toponyme officiel en 1973 en rappel de l’échouerie de morses [seacow].

La première famille de Old Harry qui a pu nourrir la légende
Dans sa démarche de confirmation toponymique, Douglas s’est fait aider par Paul Hubert qui était en train d’écrire son histoire des Îles. Probablement soutenu par celui-ci, Douglas confirme dans son livre que l’origine vient d’un écossais du nom de Harry Clarke, premier habitant de l’endroit et qui y est demeuré seul très longtemps. La majorité de gens qui y habitent sont encore des Clarke. En parcourant le Dictionnaire généalogique des familles des Îles-de-la-Madeleine de Dennis M Boudreault, on apprend que le premier Clarke né à Grosse-Île est un des fils de James Clarke et Mary Goodwin, né le 11 juin 1832. Il était précédé de son frère Henry né en Nouvelle-Écosse le 26 octobre 1827. Son père, originaire de Londres, accueillit les rescapés du naufrage du Miracle.

Un texte paru dans The First Informer du 20 mai 1988, p. 10, parle également d’une histoire tirée d’un ancien texte de L.R inton [sic]. On y parle d’un marin britannique qui aurait débarqué sur l’ile Coffin avec d’autres soldats au début des années 1800, sous les ordres du capitaine. Ce dernier avait le goût d’une tarte aux bleuets et savait que c’était la bonne saison. L’homme, un dénommé Clarke, fut tellement absorbé par sa cueillette, qu’il en oublia de retourner au bateau qui repartit sans lui. Celui-ci ne fut pas trop perturbé puisqu’il décida de prendre femme et s’établir sur la pointe de Old Harry, qui porte définitivement son nom.  Comme nous savons que plusieurs toponyme ou nom de lieu peuvent être associés à une légende, on pourrait penser cette histoire sortie tout droit de l’imagination d’un visiteur de passage ou de descendants très fiers des ressources retrouvées sur leur ile!

Nous savons que des falaises blanches appelées Old Harry Rocks existent au sud-est de l’Angleterre sur l’ile de Purbeck. Elles font d’ailleurs partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. On rapporte que ce nom leur fut attribué en raison d’une légende qui voudrait que le diable [communément appelé Old Harry] y ait dormi. D’autres légendes parlent d’un pirate espagnol célèbre du nom de Harry Paye qui se cachait derrière ces piliers avant d’attaquer les navires. Jusqu’où, le choix du nom de Old Harry ne proviendrait-il pas d’une de ces légendes, de l’analogie au diable ou de la ressemblance étrange avec les falaises de cette ile d’Angleterre? Difficile de trouver exactement la source, mais jusqu’ici, le diable revient dans chacune de nos chroniques toponymiques! Notre théorie de la légende rejoindrait donc celle du XVIII siècle, que l’auteur Byron Clark mentionne en page 60 de son livre Gleanings On The Magdalen Islands!  Le nom Old Harry a été officialisé à la Commission de toponymie le 1er décembre 1983. 



[i] Douglas. Monographie des Îles de la Madeleine, 1927, p. 11



Autres références :

Noms et lieux du Québec, ouvrage de la Commission de toponymie paru en 1994 et 1996 sous la forme d'un dictionnaire illustré imprimé, et sous celle d'un cédérom réalisé par la société Micro-Intel, en 1997, à partir de ce dictionnaire.


CARON, Lola. La poste aux Îles-de-la-Madeleine, Opus III, dans les Cahiers de l’Académie. Académie québécoise d’études philatéliques, 1985, p.12, p. 35



Article du Centre d'archives régional des Îles publié dans le journal local Le Radar du 16 avril 2016, p.18.

mercredi 25 avril 2018

Éphéméride... 25 avril - Épidémies dévastatrices aux Îles en 1937

E6,S7,SS1, P25169  BAnQ - Traversier Le Lovat assurant le service entre IPE,
la Nouvelle-Écosse et les Îles,  Auguste Scott , 1938

25 avril 1937

Un panneau de quarantaine est accroché sur 4 habitations et un hôtel des Îles tandis que les médecins se battent pour enrayer l’épidémie qui vient de faucher 4 vies. Le Lovat, conduit par le capitaine Frank Campbell a reçu l’ordre d’apporter du sérum de Pictou dès que les médecins ont été inquiétés par cette maladie. Un début de maladie touchait Mne Foster Clarke de Old Harry et un des quatre enfants décédés dans l’est des Îles était le sien. Son mari a péri noyé l’année précédente. Plusieurs enfants du voisinage et un cas relevé à la Pointe-Basse étaient sous surveillance et en quarantaine.



 Au retour du Lovat vers Souris, 11 prêtres de l’Église catholique étaient à son bord, revenant de l’enterrement du prêtre de la paroissse de Havre-Aubert, l’abbé Martin Monaghan.

 The Charlottetown Guardian (26 avril 1937).
Traduction libre du Centre d’archives régional des Îles

mardi 3 mai 2016

Leonard Clark - 1922-2016



Leonard Clark est né le 18 décembre 1922. Il est le fils de Henry Allen Clarke (à Henry à Henry à James) de Old Harry et Evelyn Taker (à Herbert et Ada « Annie » Clarke). Il est le huitième d’une famille de 13 enfants.  

Son arrière-grand-père, son arrière-grand-oncle William « dit Bill » et son arrière-arrière-grand-père James, arrivés aux Îles entre 1827 et 1832, apportèrent leur aide aux rescapés du naufrage de la barque irlandaise « Miracle » * en 1847 où au moins 150 immigrants trouvèrent la mort; plus de 250 furent toutefois sauvés grâce à leurs soins. Ces secours ont d’ailleurs coûté la vie à l’épouse de James, Mary Goodwin, quelques mois plus tard lorsqu’elle contracta la fièvre du typhus et du choléra contractée durant ces soins. Le récit de ce naufrage transmit par ses ancêtres, fut publié en 1992.[i]  Plusieurs Clark faisaient partie de ce naufrage. Paradoxalement,  l’arrière-grand-père maternel de Leonard était un naufragé du nom de Tager lors du naufrage de la barque « Good Intent » à Pointe-aux-Loups le 16 décembre 1856.  


Trouver plus d’informations sur ses propres ancêtres a sans doute motivé Leonard Clark à effectuer toutes ses recherches sur les naufrages autour des Îles. Le 1er juillet 1988, il dresse d’ailleurs une liste des naufrages qui ont eu lieu dans les alentours de l’Ile Brion à partir d’autres sources que les listes de navires marchands (Mercantile Navy List) qui ne commencent officiellement que vers 1849.


En 1969, en mémoire de ceux qui ont péri durant la tragédie du Miracle, Leonard Clark fait ériger une croix au bout de la Pointe de l’Est. On mentionnait encore trouver les traces de cette croix ensablée en 1988, dans une des éditions de  « The First Informer ». Un docufilm de 1980[ii] permet de voir des images de cette croix et une entrevue avec Monsieur Clark.



It is on the far end of the beach of Old Harry at East Point that a cross was erected in 1969 in memory of the "Miracle", one of our largest documented shipwrecks, and of ail the fishermen who have lost their lives in these waters. Over the years the cross has blown down, but remains of it can still be found if you are energetic enough to tramp the sand dunes and search.[iii]



La vie de Leonard Clark est trop longue pour en énumérer toutes les facettes avec justice, lui qui se disait vieux dès l’âge de 20 ans, après ses 3 ans de services actifs dans l’armée (1942-1945) et une vingtaine d’années dans les Forces armées Canadiennes. Voir des amis mourir sur la base auprès de lui l’a marqué à jamais.  Après avoir épousé Charlotte Clark, il tente une nouvelle vie pendant une dizaine d’années dans la pêche, jusqu’au décès accidentel de son fils Roy, en 1972, à l’âge de 15 ans. C’est cette tragédie qui lui fera abandonner ce métier risqué et exploiter durant plusieurs années, des champs de fleurs et de fraises à Old Harry.


Il est connu à travers les îles entières à la fois pour ses talents d’agriculteur et sa passion pour les naufrages et l’histoire. Au fil du temps, il dessine à la main une carte des naufrages repérés ou recensés autour des Îles, dont plusieurs chercheurs, même le Père Frédéric Landry, ont pu puiser abondamment pour leurs écrits. En 2008, il affirmait qu'au moins 1000 naufrages avait eu lieu dans les eaux autour des Îles-de-la-Madeleine.


En août 1986, Leonard Clark voit à nouveau sa famille touchée par un acte de courage qui coûte la vie à son fils de 25 ans, Aaron. Celui-ci est happé par une vague alors qu’il sauve, avec l’aide de sa sœur Elaine et une longue chaîne humaine, la vie de deux jeunes nageuses sur la plage d’Old Harry. Il obtiendra une médaille de bravoure à titre posthume pour ce geste. Un tel altruisme semble transmis directement des gênes de ses ancêtres. Une plaque commémorative en l’honneur de son fils est installée sur les portes de l’Église de Old Harry :  The doors are a memorial to Aaron Clark who drowned in the summer of 1986 while successfully saving the lives of two teenage girls caught in an undertow.”   


Le décès de cet autre fils, presque 15 ans après celui de Roy, semblait gravé dans le destin de cette famille éprouvée, mais dont la résilience demeure indéfectible. Pour conjurer le passé ou peut-être répondre à des questions existentielles, il consacre encore plus de temps à la recherche et l’histoire des Îles.  En 1988, Leonard Clark participe activement avec l’équipe de l’archéologiste Moïra McCaffrey , chargée de dresser l’inventaire du potentiel archéologique des Îles. Ayant lui-même identifié des sites à Old Harry, montrant les traces de la chasse active aux morses qui s’y déroulait, il accorde à l’archéologue plusieurs mois de bénévolat. Il participera d’ailleurs à de nombreuses entrevues et publications. Une de ses premières apparitions audiovisuelles s’avère être le docufilm L’Épave de la Dune de l’Est tourné en 1980, par Richard Lavoie. Dans ce récit, il se souvient du jour où il se rendit avec son père jusqu'à l'épave du film, une goélette de Nouvelle-Écosse échouée en 1927.  Sa dernière participation de nature plus biographique, fut celle du docufilm The Legends of Magdalen Islands il est le personnage-clef.  Legends of Magdalen explores the shipwrecks and treasures of Québec’s Magdalen Islands.  (This) 45 mins documentary is led by Leonard Clark, a local fisherman, farmer and self-taught archeologist, who has studied hundreds of sunken ships around the Islands."


Ce film, vu en première mondiale dans l’église de Old Harry le 3 août 2013, fut récipiendaire de nombreux prix. Il fut également présenté sur CBC’s Absolutely Quebec, The Documentary Channel (Canada) et fut diffusé pendant plusieurs mois sur les vols d’Air Canada. [iv] Le producteur et réalisateur Gregory Gallagher se dit honoré d’avoir pu rencontrer Monsieur Clarke et réaliser ce film inspiré de sa vie :  “I am honoured to have had the opportunity to meet Leonard and help create a film legacy of his life called "Legends of Magdalen".”


Le 28 avril 2016, Leonard Clark décède à l’âge de 93 ans. Il était l’époux de feu Charlotte Clarke et le père d’Elaine, Sandra, Pauline, Douglas, Angela, Roma, feu Roy et feu Aaron. Il avait 12 petits-enfants : Melanie, Saul, Lana, Lorelie, Lars, Kristy, Katelyn, Sarah, Jessica, Jenna, Corey, Neil et deux arrière-petits-enfants Maelle et Elliot. Une de ses sœurs, Rhoda Davies, lui survit toujours, ainsi que le leg historique que représente le fruit de ses longues recherches sur l’histoire des Îles.


Le personnel et les membres du Conseil d’administration du Centre d’archives régional des Îles offrent leurs plus sincères condoléances aux familles éprouvées.




Note :  La « Miracle », une barque de trois mâts à hunier, sombre peu après être enlisée dans le sable de la Pointe de l’Est, le 19 mai 1847 avec 408 émigrants irlandais à son bord. Au moins 150 personnes auraient péri durant le trajet, le naufrage, la nage et le voyage du retour vers la Nouvelle-Écosse. (éphéméride à paraître le 17 mai). Un autre article en fait mention dans le blogue du Centre d’archives.

Many thanks to Linda Hart, Gregory Gallagher's wife, who allows us the use of her painting for this biography and to Saul Clark-Gagnon who gived us more detail on his grandfather life.



[i] Info Géo Graphes, Québec, Numéro1, avril 1992, p.107

[iii] The First Informer 1988, July 1th, supplement The Magdelen Islands p. 11
[iii] L’épave de la Dune de l’Ouest. Coproduction Richard Lavoie et Télé-Québec, 1980, 28 : 40 min.


[iv] The Legends of Magdalen Islands. Parafilms. Produit et réalisé avec Gregory Gallagher film documentaire de 45 min. sur l’histoire maritime et les épaves qui entourent les Îles, 2013, 45 min.



Boudreau, Dennis M. Dictionnaire généalogique des familles des Îles-de-la-Madeleine 1760-1948, 2003


samedi 1 août 2015

Éphéméride ... 1er août - Installation du premier câble sous-marin avec le continent

1er août 1880:

Installation du câble sous-marin entre la Grande Échouerie, Old Harry, et l'île du Cap-Breton. Le câble permet les communications avec le continent. 

Le 17 août 1880, Auguste LeBourdais est nommé surintendant des Services de télégraphie du Gouvernement canadien aux Îles-de-la-Madeleine. Avec son diplôme de télégraphiste et un poste temporaire au Département de la Marine du Canada,  son travail consistait depuis un an à établir un service de communication télégraphique entre Québec et Saint-Maquereaux, dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie.

Lui qui avait fait naufrage 9 ans plus tôt aux Îles devait en devenir le premier télégraphe et maître des communications.

Seulement deux stations sont en service en 1880. Auguste aura pour mandat l'installation du câble terrestre à travers l'archipel, la création de stations desservant tout l'archipel et la gestion du réseau de télégraphie.

À son arrivée aux Îles le 22 octobre 1880, Auguste s'installe dans la partie nord de Grosse-Île, en pension chez Simeon Clarke. Le fil du télégraphe, en partance du continent, aboutit sur la plage à Grosse-Île. Un câble de 135 km relie le petit port de Old Harry à Grosse-Île, à Meat Cove sur l'Île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. Le premier poste de télégraphie des Îles de la Madeleine est installé dans la maison de Simeon Clarke. Le travail d'Auguste permettra l'installation du câble de télégraphie sur toute la longueur de l'archipel.

Source: Textes du projet "Stop. Avons fait naufrage. Stop." Centre d'archives régional des Îles.